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Stablecoins : les marchés émergents utilisent, l'Occident finance

Les stablecoins explosent dans les pays du Sud, mais les fondateurs et les VCs restent concentrés aux États-Unis et en Europe. Décryptage.

Couverture — Stablecoins : les marchés émergents utilisent, l'Occident finance

Photo : Christoph Scholz (CC BY-SA)

Les stablecoins sont souvent présentés comme une innovation financière occidentale. Pourtant, une analyse publiée par Decrypt révèle un paradoxe frappant : les volumes réels d'utilisation proviennent massivement des marchés émergents, tandis que les fondateurs de projets et les capitaux-risqueurs qui les financent restent concentrés aux États-Unis et en Europe. Un fossé géographique qui soulève des questions profondes sur la gouvernance, l'adoption et l'avenir de ces actifs numériques — y compris pour les investisseurs français.

Un outil financier plébiscité là où la banque fait défaut

Dans des pays comme l'Argentine, le Nigeria, la Turquie ou le Venezuela, le stablecoin n'est pas un produit spéculatif : c'est un outil de survie économique. Face à des monnaies nationales qui perdent parfois 50 à 80 % de leur valeur en quelques mois, les populations se tournent massivement vers des stablecoins indexés sur le dollar américain — principalement l'USDT de Tether et l'USDC de Circle — pour protéger leur épargne et effectuer des transactions quotidiennes.

Cette réalité se traduit dans les chiffres. Les données on-chain montrent que l'Amérique latine, l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud-Est concentrent une part croissante des transactions en stablecoins à l'échelle mondiale. Ces flux ne sont pas spéculatifs : ils correspondent à des paiements, des transferts de fonds internationaux (remittances) et des mises à l'abri de l'épargne — des usages que les systèmes bancaires locaux peinent à satisfaire.

Qui crée les stablecoins ? Pas ceux qui les utilisent

Le paradoxe mis en lumière par l'analyse est saisissant : malgré cette adoption massive dans les pays du Sud, la quasi-totalité des projets de stablecoins sont fondés et dirigés depuis les États-Unis ou l'Europe occidentale. Les grandes places financières — New York, San Francisco, Londres, Zurich — concentrent les équipes fondatrices, les sièges sociaux et les levées de fonds.

Les fonds de capital-risque (venture capital) qui investissent dans ces projets sont eux aussi majoritairement américains ou européens. Résultat : les décisions stratégiques, les choix de conformité réglementaire et les orientations produit sont prises par des acteurs qui ne vivent pas les réalités économiques de leurs principaux utilisateurs.

Cette asymétrie n'est pas anodine. Elle signifie que les stablecoins sont conçus selon des logiques réglementaires et financières occidentales — notamment la conformité avec les règles américaines anti-blanchiment (AML) et les exigences de la SEC — alors que leurs utilisateurs finaux évoluent dans des contextes très différents, parfois sans accès à un compte bancaire ou à une pièce d'identité officielle.

Ce que ça change pour l'écosystème mondial

Cette déconnexion géographique a plusieurs implications concrètes.

Sur la gouvernance, les utilisateurs des marchés émergents ont peu de voix dans les décisions qui les concernent directement : quelles devises sont supportées, quels portefeuilles sont autorisés, quelles transactions peuvent être gelées. Or, Tether a déjà démontré sa capacité à bloquer des adresses spécifiques à la demande d'autorités — une réalité qui peut avoir des conséquences dramatiques pour un utilisateur nigérian ou argentin dépendant de ses USDT.

Sur l'innovation, des besoins locaux spécifiques — stablecoins en naira, en peso argentin, en cedi ghanéen — peinent à émerger faute de financement et d'expertise locale. Les quelques projets de stablecoins régionaux qui existent restent marginaux face aux géants dollar-centrés.

Sur la régulation, l'adoption massive dans des zones à faible régulation financière crée des angles morts pour les autorités mondiales, tout en exposant les utilisateurs à des risques de contrepartie importants — notamment avec Tether, dont les réserves ont longtemps fait l'objet de questionnements.

L'angle français : MiCA change-t-il la donne ?

Pour un investisseur ou un utilisateur basé en France, ce débat n'est pas purement théorique. L'Union européenne a justement tenté de répondre à une partie de ces enjeux avec le règlement MiCA (Markets in Crypto-Assets), dont la phase 2 est entrée en application. MiCA impose aux émetteurs de stablecoins — appelés « tokens de monnaie électronique » (EMT) ou « tokens adossés à des actifs » (ART) — des exigences strictes en matière de réserves, de transparence et d'agrément.

Concrètement, pour être commercialisé légalement auprès d'utilisateurs européens, un stablecoin doit désormais être émis par une entité agréée dans l'UE. Tether (USDT) ne disposait pas, à mi-2026, d'un agrément MiCA en bonne et due forme, ce qui a conduit plusieurs plateformes européennes à retirer ou restreindre l'accès à ce token. Circle (USDC), en revanche, a obtenu son agrément et reste accessible. Pour en savoir plus sur les implications de MiCA pour les plateformes que tu utilises, consulte notre guide MiCA phase 2 : ce qui change pour toi et notre comparatif PSAN vs CASP : quel statut pour quelle plateforme ?.

Sur le plan fiscal, détenir ou utiliser des stablecoins en France n'est pas neutre. Si tu échanges un stablecoin contre des euros ou contre un bien ou service, cette opération est considérée comme une cession imposable. La plus-value éventuelle est soumise au PFU de 31,4 % (12,8 % d'impôt sur le revenu + 18,6 % de prélèvements sociaux, depuis l'imposition des revenus 2025). En revanche, échanger un stablecoin contre une autre crypto — par exemple de l'USDC contre du Bitcoin — est un swap crypto-crypto, qui bénéficie d'un sursis d'imposition et n'est donc pas imposable au moment de l'échange. Pour maîtriser ces règles, notre guide complet de déclaration crypto 2026 te détaille les étapes.

Ce que l'investisseur français doit retenir

Le stablecoin n'est pas un actif homogène. Derrière ce terme se cachent des réalités très différentes : un outil de dollarisation informelle pour un habitant de Buenos Aires, un instrument de paiement B2B pour une fintech londonienne, ou un simple parking de liquidités entre deux trades pour un investisseur parisien.

Pour toi, en France, les points de vigilance sont clairs :

  • Vérifie l'agrément MiCA de l'émetteur du stablecoin que tu utilises. Depuis le 1er juillet 2026, les plateformes régulées dans l'UE ne peuvent plus proposer des stablecoins non conformes.
  • Ne confonds pas stabilité et absence de risque. Un stablecoin peut perdre son ancrage (dépeg), voir ses réserves contestées, ou être soumis à des gels d'adresses.
  • Pense à la fiscalité : même un stablecoin génère une obligation déclarative dès lors que tu le cèdes contre des euros ou des biens.

La cartographie mondiale des stablecoins révèle en creux une vérité plus large : la finance décentralisée reste, pour l'instant, très centralisée dans sa conception. Comprendre qui crée, qui finance et qui régule ces outils est indispensable pour les utiliser en connaissance de cause.

Rédigée par une IA à partir de Decrypt et publiée automatiquement.

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